Allez à la rencontre d'une artiste aux multiples talents dont l'engagement et la détermination la mèneront dans ce qu'on pourrait appeler l'art véritable : jusqu'au bout de soi, sans concession aucune, par le corps, la voix, l'écriture et ses créations sonores qui accompagnent si magnifiquement son chant, sa danse et ses mots

Depuis plus de 35 ans et en

véritable précurseur, elle a été la première à baser son travail de chorégraphe sur l'association du yoga et de la danse auxquels elle a ajouté le chant. Son écriture chorégraphique caractérisée par la lenteur du geste donne à ce corps devenu sonore par l'utilisation de la voix chantée, l'impression d'être en état de suspens

Isabelle Barbat dansait à Paris

à la dame qui danse qui chante de tout son corps de tout son être
je n'avais jamais vu de pieds aussi vivants, leurs doigts - orteils ne convient plus - non pas préhensibles, mais qui décident, annoncent, préparent le mouvement de tout le corps
mais ce n'est qu'une métonymie de tout ce qu'elle fait et est dans le spectacle
j'avais en face de moi une colonne d'énergie multi-directionnelle, bref une sorte d'arbre de vie, parce qu'elle commence par le sol, elle part du sol, terre et racine, avant de s'élever

les doigts de pied sont ce qui relie les racines à ce qui sort de l'arbre sur la terre - un arbre est du temps sortant de la terre

autrefois j'aimais la formule : "la danse est le miroir du vent dans les arbres"

avec elle, les mouvements sont autre chose et surtout autre chose que de la danse

d'arbre, il y a aussi le chant des oiseaux

mais son chant part des mêmes profondeurs que le reste, il n'est pas posé sur les branches, il monte du tronc, avec la sève

le dernier chant surtout - improvisation vocale sur le Premier Prélude de Bach, une polyphonie, comme si plusieurs femmes chantaient tour à tour, se relayant, de plusieurs pays, de plusieurs cultures, un tour de monde de cultures devenues comme naturelles

ce n'est pourtant pas une voix caméléon

j'ai l'impression que sa base est l'alto - de la famille des voix dont l'étoile est Kathleen Ferrier, la voix qui me fait frissonner des pieds à l'esprit
au milieu, au centre, le corps, son air et ses souffles
j'ai beaucoup aimé entendre ses souffles, le double sens du mot inspiration, et cette vapeur invisible qui sort quand elle se lance

il faut sans doute être du métier ou de la pratique pour mesurer plus exactement la valeur technique de ce qu'elle fait, mais peu importe: l'art fait disparaître les peines qui y mènent, et le spectateur ne doit y lire que l'évidence

son corps est d'évidence

Eluard disait: "j'ai la beauté facile et c'est heureux"

de tout cela on sort avec une idée précisée et peut-être un peu réparée - ou consolée ? - de la dignité de l'être
Pierre Salvaing

photo 1 : Isabelle Barbat "nomades"
photo 2 : création image Isabelle Barbat d’après une photo de S. Pakudaitis