Combien de fois me suis-je perdu dans le flanc de ces montagnes parfois si hautes, parfois si vastes qui finissent si naturellement en plaines vagabondes ?
Allez à la rencontre d'une artiste aux multiples talents dont l'engagement et la détermination la mèneront dans ce qu'on pourrait appeler l'art véritable : jusqu'au bout de soi, sans concession aucune, par le corps, la voix, l'écriture et ses créations sonores qui accompagnent si magnifiquement son chant, sa danse et ses mots
Depuis plus de 40 ans et en
véritable précurseur, elle a été la première à baser son travail de chorégraphe sur l'association du yoga et de la danse auxquels elle a ajouté le chant. Son écriture chorégraphique caractérisée par la lenteur du geste donne à ce corps devenu sonore par l'utilisation de la voix chantée, l'impression d'être en état de suspens
Combien de fois me suis-je perdu dans le flanc de ces montagnes parfois si hautes, parfois si vastes qui finissent si naturellement en plaines vagabondes ?
REQUIEM POUR UNE ÂME SEULE
et
WIND’S STORIES
2 solos de danse
Comment survivre dans la danse encore à cet âge.
Il faut alors se soumettre à une plus grande écoute de ce corps vieillissant pour se donner la possibilité de danser encore et longtemps.
Danser autrement en laissant de côté la bonne lecon apprise du geste formaté.
Quitter cette forme - recherche d'une certaine esthétique - pour entrer dans un autre univers : celui du fond animé par la respiration, celle-la même qui ouvre la voie sur le relaché du geste, cette nécessite absolue à la survie du corps dans la danse.
Enfin, le chant, discret, portera le corps jusque dans un souffle sonore.
I am a dancer and a singer.
I am 48 years old: how can we dance at 48?
At this age, things are not anymore in the appearance — form; but in the depth — profound.
Through my art work, I try to loose my own identity, my own individuality.
I try to enter into something more universal, something which concerns everybody:
suffering, despair, loneliness, fear but also love and fraternity.
Through my dance and my singing, I try to express the humiliation and violence in the world.
And mostly I try to continue life...
dessin : Isabelle Barbat
2. Do you have any themes that you find recur in your work?
Everything that I do when I dance is always brought about by intuition...so, when I look back on my performances, everything that I have done seems to have revolved around the same story: human beings, love, humiliation in this world, violence, childhood…I wrote a novel, and the story involved is also the same story that I tell through my dance. It involves the same connection to humanity. I needed to discover who the writer inside of me was. It turns out that the message that I want to convey as a writer is the exact same message that I need to convey when I’m dancing on stage.
3. What is your greatest achievement as a dancer to date?I don’t know how I can answer this question. I firmly believe that the success that you achieve in your life should be based on doing something intelligent. However, I am French. I am a free woman. There is no religion against me, and no politics against me. I can do anything I want because I live in a free country. I can travel almost everywhere in this world. And because of that I have the opportunity to meet all kinds of different people from many different cultures. I know that this is not an answer in response to my greatest achievement as a dancer…but I believe that maintaining my sense of individuality is probably one of the things that I am most proud of. The most important aspect of life, to me, is the human being.
4. Who are your influences?People. Life itself. My childhood.
5. What has been your most rewarding experience?Traveling as often as I have, and to so many different places in this world because of my art. That has been a very special experience.
6. When did you realize that you wanted to be a part of the world of dance?I can’t really explain it properly. I just felt an unbelievable urge to follow something deep inside myself. It was the dance. It was the music. It was the written word. It was the opportunity to travel.
7. Who is your favourite dancer?I don’t have one dancer that I would consider my favourite. But, having said that, the dancers I do like tend to be the ones who lose themselves within their art; those who pay attention to humanity and the connection between us all.
8. Do you have any professional training, and if so, where did you study?I have received professional training in dance, singing as a jazz vocalist and as a classical singer.
9. Who is your favourite theatre director?
I have two: Ariane Mouchkine and Peter Brook.
10. What venue would you most like to dance at?The stage of the world.
11. What do you think the purpose and value of dance within the world of theatre is?To instill and maintain a sense of integrity and to influence an engagement with the live audience.
12. Pertaining to dance and theatre, what do you think art is?
As artists, we should simply consider ourselves messengers. We should try to empty ourselves; to tap into the creativity that is within all of us.
13. What pressures do you think theatre artists face today?
Politics. If you don’t have the right names in your address book, the right connections within the industry...then it may become very, very difficult for you.
14. What advice would you give other emerging artists?
15. What are your short and long term ambitions?To keep myself heading in my present direction.
January 15, 2008
Du haut de ma machine, je regardais la nudité déborder de toutes parts. Les corps disloqués, fantômes boursouflés, semblaient flotter dans l’atmosphère surchargée de cendre. Des mains, des pieds et puis des têtes aussi pointaient çà et là comme de petits périscopes à la surface des charniers blanchis par la chaux. Cet océan de chair éperdue s’abattait sous les roues de mon engin. Je repoussais machinalement ce flot désincarné jusque dans la profondeur de la terre. Les corps usés par le froid et par la peur des jours précédents s’opposaient dans leur clarté à la noirceur des épaisses fumées qui s’échappaient en tourbillon des immenses cheminées. Des ciels bleus, des ciels gris, des ciels de toutes les couleurs, véritable toile de fond, supportaient de leur immensité cette danse macabre. Les miradors, symbole prodigieux des puissants incapables paranoïaques de ce monde, violaient de leur féroce rigidité, le mince espoir que j’osais garder d’un retour à la normalité. Mes mains accrochées à la machine, sous les vibrations des craquements osseux, se crispaient tant qu’en fin de ces journées mortuaires, je n’arrivais même plus à les détacher de l’appareil. Je devais attendre. Tout autour, en une fraction de seconde, les allées et venues des uns et des autres laissaient place à un silence perturbateur. Suspendu à mon immobilité passagère, je fermais les yeux puis comme par enchantement, les fumées suffocantes disparaissaient à l’arrivée miraculeuse de la brise crépusculaire. Enfin mes mains se vidaient de leur ferraille pour venir se poser sur mon visage cramoisi par les retombées des chairs incinérées de ces hommes, de ces femmes, de ces tout plein d’enfants que j’avais sûrement dû voir se déplacer, déroutés ahuris, dans le périmètre des barbelés. Dans un geste lent je me désincarcérais de la cabine poussiéreuse et atteignais le parterre jonché de cadavres retournés, enroulés, malaxés par le puissant plateau du bulldozer. J’évitais tant bien que mal ces corps déstructurés dont certains, dans un sursaut divin, semblaient vouloir venir jusqu’à moi. J’inventais à ces effets extraordinaires n’importe quelle raison, afin d’échapper à ma frayeur. Que n’aurais je pas imaginé pour que ces danseurs privés de leur souffle cessent de hanter mes jours et mes nuits ! Lors de ces traversées rocambolesques, je me forçais à fixer les visages ouverts au ciel. Ces morts au profil magnifié finirent par être mes morts à moi. J’apprenais à les ranger par deux, par trois, par beaucoup plus aussi, dans les cavités profondes du sol afin de mieux les protéger du volatil carnassier alentour. Ces cheminements quotidiens qui avaient au tout début pris des allures de chemin de croix sans Dieu ni foi, m’avaient amené malgré la pente vertigineuse de l’angoisse à un détachement total de l’événement. Miraculé foudroyé par l’indifférence, je naviguais solitaire pendant un temps au travers du tumulte de la haine et de la mort.
Combien de fois me suis-je perdu dans le flanc de ces
montagnes parfois si hautes, parfois si vastes qui finissent si naturellement
en plaines vagabondes ? Combien de fois me suis-je plongé dans la douce
mer aux sons des cigales nichées dans le secret des criques impénétrables ?
Vous parlerai je de cet océan féroce le long de sa dune qui porte encore la
triste signature de mon pays avec ces blockhaus immuables ? Tant de fois
au risque de ma vie je passerai la barre de vagues qui cache aux non-initiés le
grand large ouvert sur d’autres horizons. Et les lacs, les si beaux lacs, les
bleus, les blancs, les noirs, ceux qui se glissent nonchalamment dans le vert
des glaciers, d’autres, vestiges de l’ancien volcan, d’autres encore plus
discrets qui accueillirent mes premières nages et, les indéfinissables qui
permettent à tous ceux d’entre nous de dépeindre comme bon nous semble ces
masses imposantes. Nous avons les mots, les couleurs, les sons pour leur donner
un peu de notre nom. Ah ! j’oubliais les plateaux ! Immenses plateaux
suspendus au ciel dont certains par leur isolement rappellent ces déserts
lointains qui offrent à celui qui sait les affronter la possibilité de ne plus
penser.









