Allez à la rencontre d'une artiste aux multiples talents dont l'engagement et la détermination la mèneront dans ce qu'on pourrait appeler l'art véritable : jusqu'au bout de soi, sans concession aucune, par le corps, la voix, l'écriture et ses créations sonores qui accompagnent si magnifiquement son chant, sa danse et ses mots

Depuis plus de 40 ans et en

véritable précurseur, elle a été la première à baser son travail de chorégraphe sur l'association du yoga et de la danse auxquels elle a ajouté le chant. Son écriture chorégraphique caractérisée par la lenteur du geste donne à ce corps devenu sonore par l'utilisation de la voix chantée, l'impression d'être en état de suspens



création affiche Isabelle Barbat
Isabelle Barbat, une nomade en résidence

Dans le cadre de la quatrième saison de Les Chemins du Solo, qui offrent un espace et un temps de création aux danseurs, le studio de la Compagnie Marie Devillers accueille la chorégraphe et chanteuse Isabelle Barbat. Cette dernière vient pour la première fois dans l'Oise, et pour elle, cette résidence est comme une oasis au milieu de sa traversée du désert.
"La danse est un sacerdoce, un engagement à vie et parfois il se produit de petits miracles comme ces Chemins du Solo. Je suis ravie d'être ici pour travailler à mon projet", souligne Isabelle.
Autonome dans tous les aspects de la création, la chorégraphe va proposer une oeuvre de danse dans laquelle elle interviendra par le mouvement, le chant et l'utilisation en voix off d'extraits tirés de son roman intitulé "Moi, soldat du IIIème Reich", commencé en juillet 2001 et achevé en avril 2006. "Une histoire qui est passée à travers moi. Je crois en cette mèmoire ancestrale. Tout mon travail tournait autour de ces mêmes sujets, l'histoire de l'Allemagne, l'histoire des juifs. Et puis je suis née un 25 février, Hitler a obtenu la nationalité allemande un 25 février, et mon grand-père est mort dans un camp un 25 février", remarque Isabelle Barbat. Ses textes parlent de l'oppression, une oppression grâce à laquelle, ou à cause de, le personnage peut aller au-delà de lui-même, afin d'accéder à la liberté de soi. Mais doit-on souffrir pour y parvenir ?
La chorégraphe ne pensait pas en faire un solo mais le besoin de s'exprimer par le corps s'est fait, lui-même, oppressant. Comme une évidence. Durant trois mois, Isabelle s'est tout d'abord attachée à l'habillage sonore formant un puzzle de phrases musicales, mêlant ses propres créations sonores à la musique d'Arvo Pärt, de John Adams...
Aujourd'hui, elle travaille la danse, pour que sur la scène elle ne reste qu'un outil de l'oeuvre. ET elle ne fera aucune concession, mais traversera son solo comme une nomade, nourrie de toutes les cultures, qu'elle a côtoyées durant ses nombreux voyages.
Pierre-Olivier Julien Oise Hebdo mars 2010
saison 2009-2010 le corps dans tous ses états

Isabelle Barbat chantera le Chant des Chants accompagnée au oud
samedi 21 novembre 2009 20 : 00
dimanche 22 novembre 2009 17 : 00
sur la scène du Mandapa, Paris
6 rue Wurtz 75013 Paris
01 45 89 01 60
vendredi 22 janvier 2010 21 : 00
samedi 23 janvier 2010 21 : 00
sur la scène du Petit Vélo, Clermont-Ferrand,
10 rue Fontgiève Clermont-Ferrand
04 73 36 36 36

Dans le cadre de sa résidence au Centre Chorégraphique Marie Devillers, Isabelle Barbat présentera un extrait de Impromptu mardi 2 mars 2010 en milieu scolaire à Breteuil, dans l'oise

On la retrouvera ensuite dans :
Requiem pour une âme seule et Wind's Stories, 2 solos de danse dans lesquels elle intervient aussi par le chant avec entre autre le Kaddish de Ravel
samedi 20 mars 2010 20 : 00
dimanche 21 mars 2010 17 : 00
sur la scène du Mandapa, Paris

Elle chantera Le Chant des Chants
samedi 10 avril 2010 20 : 00
dimanche 11 avril 2010 17 : 00
sur la scène du Mandapa, Paris

Sélectionnée dans le cadre de Les Chemins du Solo
elle sera en résidence sur les mois de février, mars, avril 2010, au Centre Chorégraphique Marie Devillers, pour sa nouvelle création, IMPROMPTU, mise en son et en espace des extraits de son roman, Moi, soldat du IIIeme Reich, que vous pourrez découvrir mardi 20 avril 20:30 au sein même du lieu où elle sera accueillie en résidence puis sur la scène du Théâtre du Beauvaisis à Beauvais samedi 22 mai 20:30

dans le cadre de la Fête de la Musique, Milena Salvini invite Isabelle Barbat à donner un récital sur la scène du Mandapa lundi 21 juin à 20 : 30
concert soutenu par la Mairie de Paris et le Centre Mandapa

Accompagnée au piano par la pianiste et chef de choeur Mireille Chong, Isabelle Barbat donnera un concert - chant classique vendredi 2 juillet 20:30 à l'église de Saint Martin de Bromes, Provence
Isabelle Barbat donnera un concert du Chant des Chants
à l'église de Tourzel, Puy de Dôme samedi 18 septembre 20:30. Elle sera accompagnée au oûd par Nicolas Brunet

Spécialiste de la corrective du corps et du travail sur le relâché du geste
vous pourrez retrouver Isabelle Barbat dans son enseignement du corps et de la voix lors de différents stages qu'elle encadrera
7 novembre 2009
Centre Brancion, 18 av. de la Porte Brancion Paris
01 45 33 15 00
28 novembre 2009
Centre Sohane, 20 rue Georges Duhamel Paris
01 45 38 68 28
5 décembre 2009
Centre Sohane
22 janvier 2010
Théâtre du Petit Vélo 10 rue Fontgiève Clermont-Ferrand
04 73 36 36 36
30 janvier 2010
Centre Brancion
6 février 2010
Centre Sohane
13 février 2010
Centre Sohane
27 mars 2010
Centre Brancion
24 avril 2010
Saint-Martin de Bromes, Alpes de Haute-Provence
5 juin 2010
Centre Brancion

photo Isabelle Barbat autoportrait Abscisse et ordonnée
Isabelle chante le Chant des Chants

Evènement à Clermont-Ferrand 
du 22/01/2010 au 23/01/2010
Chant et création sonore : Isabelle Barbat
Tiré de la Bible hébraïque, le Poème de Salomon est considéré comme l'un des plus beaux et poétiques chants d'amour. Sous la forme d'une suite de poèmes d'échanges amoureux entre un homme et une femme, la beauté y est exaltée, l'amour sublimé, sensuel. Ce chant poignant aux sonorités orientales prend corps et âme chez Isabelle Barbat. Artiste unique aux talents multiples, elle redonne toute l'ampleur et la puissance à ce texte sacré. De manière intime, presque innée, elle nous transcende par une interprétation personnelle de ce Chant des Chants. Accompagnée au oûd, sa voix profonde au timbre magnifiquement tragédien nous envoûte. Le chant en hébreu donne une dimension supplémentaire au spirituel et au voyage.

On pourra aussi entendre Isabelle Barbat sur la scène du Mandapa - Paris, dans ce sublime chant les 21 et 22 novembre 2009 et les 10 et 11 avril 2010, puis sous les voûtes romanes des magnifiques églises de l'Auvergne en septembre 2010
Renseignements et reservations au 01 45 89 01 60
http://centremandapa.free.fr

Isabelle Barbat dansait à Paris

à la dame qui danse qui chante de tout son corps de tout son être
je n'avais jamais vu de pieds aussi vivants, leurs doigts - orteils ne convient plus - non pas préhensibles, mais qui décident, annoncent, préparent le mouvement de tout le corps
mais ce n'est qu'une métonymie de tout ce qu'elle fait et est dans le spectacle
j'avais en face de moi une colonne d'énergie multi-directionnelle, bref une sorte d'arbre de vie, parce qu'elle commence par le sol, elle part du sol, terre et racine, avant de s'élever

les doigts de pied sont ce qui relie les racines à ce qui sort de l'arbre sur la terre - un arbre est du temps sortant de la terre

autrefois j'aimais la formule : "la danse est le miroir du vent dans les arbres"

avec elle, les mouvements sont autre chose et surtout autre chose que de la danse

d'arbre, il y a aussi le chant des oiseaux

mais son chant part des mêmes profondeurs que le reste, il n'est pas posé sur les branches, il monte du tronc, avec la sève

le dernier chant surtout - improvisation vocale sur le Premier Prélude de Bach, une polyphonie, comme si plusieurs femmes chantaient tour à tour, se relayant, de plusieurs pays, de plusieurs cultures, un tour de monde de cultures devenues comme naturelles

ce n'est pourtant pas une voix caméléon

j'ai l'impression que sa base est l'alto - de la famille des voix dont l'étoile est Kathleen Ferrier, la voix qui me fait frissonner des pieds à l'esprit
au milieu, au centre, le corps, son air et ses souffles
j'ai beaucoup aimé entendre ses souffles, le double sens du mot inspiration, et cette vapeur invisible qui sort quand elle se lance

il faut sans doute être du métier ou de la pratique pour mesurer plus exactement la valeur technique de ce qu'elle fait, mais peu importe: l'art fait disparaître les peines qui y mènent, et le spectateur ne doit y lire que l'évidence

son corps est d'évidence

Eluard disait: "j'ai la beauté facile et c'est heureux"

de tout cela on sort avec une idée précisée et peut-être un peu réparée - ou consolée ? - de la dignité de l'être
Pierre Salvaing

photo 1 : Isabelle Barbat "nomades"
photo 2 : création image Isabelle Barbat d’après une photo de S. Pakudaitis

Hommage à la Terre
du son plein les oreilles et des images plein les yeux
extrait du Poème de Salomon, chant, création projet, création sonore, tous droits reservés : Isabelle Barbat

Combien de fois me suis-je perdu dans le flanc de ces montagnes parfois si hautes, parfois si vastes qui finissent si naturellement en plaines vagabondes ?
Combien de fois me suis-je plongé dans la douce mer aux sons des cigales nichées dans le secret des criques impénétrables ?
Vous parlerai-je de cet océan féroce le long de sa dune qui porte encore la triste signature de mon pays avec ces blokhaus immuables ? Tant de fois au risque de ma vie, je passerai la barre de vagues qui cache aux non-initiés le grand large ouvert sur d'autres horizons.
Et les lacs, les si beaux lacs, les bleus, les blancs, les noirs, ceux qui se glissent nonchalamment dans le vert des glaciers, d'autres, vestiges de l'ancien volcan, d'autres encore plus discrets qui accueillirent mes premières nages et, les indéfinissables qui permettent à tous ceux d'entre nous de dépeindre comme bon nous semble ces masses imposantes. Nous avons les mots, les couleurs, les sons pour leur donner un peu de notre nom.
Ah ! j'oubliais les plateaux ! Immenses plateaux suspendus au ciel dont certains par leur isolement rappellent ces déserts lointains qui offrent à celui qui sait les affronter la possibilité de ne plus penser.

extrait du roman : "Moi, soldat du IIIème Reich"
auteur : Isabelle Barbat copyright 2006 all rights reserved
Sur la scène du Mandapa à Paris



Isabelle Barbat
sur la scène du
MANDAPA
dans 
REQUIEM POUR UNE ÂME SEULE 
et 
WIND’S STORIES 

2 solos de danse

dans lesquels la danseuse intervient aussi par le chantSi on pouvait qualifier Isabelle

on pourrait dire d'elle

qu'elle a la couleur du voyage
qu'elle a la couleur de ce qui n'est jamais définitif
où la danse et le chant ne font qu'un seul corpsvendredi 15 mai 09 20 : 30
samedi 16 mai 09 20 : 00
dimanche 17 mai 09 17 : 00
réservation recommandée 15 euros
6 rue Wurtz 75013 PARIS 01 45 89 01 60 mandapa@wanadoo.fr
dessin : Isabelle Barbat

INSTANTS CHOISIS
au Congrès International de Yoga, les 8, 9, 10 mai 2009, à Annecy http://www.fidhy.fr/

création image : Isabelle Barbat
"du désert à la mer
Propos d'Isabelle Barbat recueillis par la presse
Danser à 48 ans ?
Comment survivre dans la danse encore à cet âge.
Il faut alors se soumettre à une plus grande écoute de ce corps vieillissant pour se donner la possibilité de danser encore et longtemps.
Danser autrement en laissant de côté la bonne lecon apprise du geste formaté.
Quitter cette forme - recherche d'une certaine esthétique - pour entrer dans un autre univers : celui du fond animé par la respiration, celle-la même qui ouvre la voie sur le relaché du geste, cette nécessite absolue à la survie du corps dans la danse.
Enfin, le chant, discret, portera le corps jusque dans un souffle sonore.

I am a dancer and a singer.
I am 48 years old: how can we dance at 48?
At this age, things are not anymore in the appearance — form; but in the depth — profound.
Through my art work, I try to loose my own identity, my own individuality.
I try to enter into something more universal, something which concerns everybody:
suffering, despair, loneliness, fear but also love and fraternity.
Through my dance and my singing, I try to express the humiliation and violence in the world.
And mostly I try to continue life...

dessin : Isabelle Barbat
Isabelle Barbat par Jean-François Bauret à la Galerie Camera Obscura

23 mai - 28 juin 2008



                      Isabelle, 1989

Galerie Camera Obscura
268 Boulevard Raspail . 75014 Paris
14h - 19h du mardi au samedi . tél : 01 45 45 67 08
rubrique "Isabelle"


Interview Isabelle Barbat par Curtain Rising Magazine Londres

Getting to know dancer Isabelle Barbat
1. Tell us a bit about your style and your work.I’m a dancer, and I am also a singer. On stage, during my solo dance, I sing Maurice Ravel’s “Kaddish” and “Sometimes I Feel Like a Motherless Child.” I also dance to the music of Arvo Part and Gustav Mahler. It seems to me that when I dance or when I sing I carry the weight of humanity on my back.

2. Do you have any themes that you find recur in your work?
Everything that I do when I dance is always brought about by intuition...so, when I look back on my performances, everything that I have done seems to have revolved around the same story: human beings, love, humiliation in this world, violence, childhood…I wrote a novel, and the story involved is also the same story that I tell through my dance. It involves the same connection to humanity. I needed to discover who the writer inside of me was. It turns out that the message that I want to convey as a writer is the exact same message that I need to convey when I’m dancing on stage.

3. What is your greatest achievement as a dancer to date?I don’t know how I can answer this question. I firmly believe that the success that you achieve in your life should be based on doing something intelligent. However, I am French. I am a free woman. There is no religion against me, and no politics against me. I can do anything I want because I live in a free country. I can travel almost everywhere in this world. And because of that I have the opportunity to meet all kinds of different people from many different cultures. I know that this is not an answer in response to my greatest achievement as a dancer…but I believe that maintaining my sense of individuality is probably one of the things that I am most proud of. The most important aspect of life, to me, is the human being.

4. Who are your influences?People. Life itself. My childhood.

5. What has been your most rewarding experience?Traveling as often as I have, and to so many different places in this world because of my art. That has been a very special experience.

6. When did you realize that you wanted to be a part of the world of dance?I can’t really explain it properly. I just felt an unbelievable urge to follow something deep inside myself. It was the dance. It was the music. It was the written word. It was the opportunity to travel.

7. Who is your favourite dancer?I don’t have one dancer that I would consider my favourite. But, having said that, the dancers I do like tend to be the ones who lose themselves within their art; those who pay attention to humanity and the connection between us all.

8. Do you have any professional training, and if so, where did you study?I have received professional training in dance, singing as a jazz vocalist and as a classical singer.

9. Who is your favourite theatre director?
I have two: Ariane Mouchkine and Peter Brook.

10. What venue would you most like to dance at?The stage of the world.

11. What do you think the purpose and value of dance within the world of theatre is?To instill and maintain a sense of integrity and to influence an engagement with the live audience.

12. Pertaining to dance and theatre, what do you think art is?
As artists, we should simply consider ourselves messengers. We should try to empty ourselves; to tap into the creativity that is within all of us.

13. What pressures do you think theatre artists face today?
Politics. If you don’t have the right names in your address book, the right connections within the industry...then it may become very, very difficult for you.

14. What advice would you give other emerging artists?
Forgot about yourself and your ego...you just are an artist and must do everything in your power to serve your art, and above all else – to maintain your integrity.

15. What are your short and long term ambitions?To keep myself heading in my present direction.

Photo courtesy of Isabelle BarbatIsabelle Barbat’s Requiem Pour une âme Seule.
January 15, 2008
Curtain Rising Magazine27 Old Gloucester Street, LONDON, WC1N 3XX, Tel: + 44 20 7096 8943
editor@curtainrising.com


Requiem pour une âme seule part en voyage...

Requiem pour une âme seule sera cet été à Minneapolis et à New-York

on souhaite à sa créatrice, Isabelle Barbat, une autre belle aventure

le voyage continue...
Moi, soldat du IIIème Reich  sous copyright©
auteur : Isabelle Barbat 
roman écrit entre 2001-2006 

Extrait premier : 

Du haut de ma machine, je regardais la nudité déborder de toutes parts. Les corps disloqués, fantômes boursouflés, semblaient flotter dans l’atmosphère surchargée de cendre. Des mains, des pieds et puis des têtes aussi pointaient çà et là comme de petits périscopes à la surface des charniers blanchis par la chaux. Cet océan de chair éperdue s’abattait sous les roues de mon engin. Je repoussais machinalement ce flot désincarné jusque dans la profondeur de la terre. Les corps usés par le froid et par la peur des jours précédents s’opposaient dans leur clarté à la noirceur des épaisses fumées qui s’échappaient en tourbillon des immenses cheminées. Des ciels bleus, des ciels gris, des ciels de toutes les couleurs, véritable toile de fond, supportaient de leur immensité cette danse macabre. Les miradors, symbole prodigieux des puissants incapables paranoïaques de ce monde, violaient de leur féroce rigidité, le mince espoir que j’osais garder d’un retour à la normalité. Mes mains accrochées à la machine, sous les vibrations des craquements osseux, se crispaient tant qu’en fin de ces journées mortuaires, je n’arrivais même plus à les détacher de l’appareil. Je devais attendre. Tout autour, en une fraction de seconde, les allées et venues des uns et des autres laissaient place à un silence perturbateur. Suspendu à mon immobilité passagère, je fermais les yeux puis comme par enchantement, les fumées suffocantes disparaissaient à l’arrivée miraculeuse de la brise crépusculaire. Enfin mes mains se vidaient de leur ferraille pour venir se poser sur mon visage cramoisi par les retombées des chairs incinérées de ces hommes, de ces femmes, de ces tout plein d’enfants que j’avais sûrement dû voir se déplacer, déroutés ahuris, dans le périmètre des barbelés. Dans un geste lent je me désincarcérais de la cabine poussiéreuse et atteignais le parterre jonché de cadavres retournés, enroulés, malaxés par le puissant plateau du bulldozer. J’évitais tant bien que mal ces corps déstructurés dont certains, dans un sursaut divin, semblaient vouloir venir jusqu’à moi. J’inventais à ces effets extraordinaires n’importe quelle raison, afin d’échapper à ma frayeur. Que n’aurais je pas imaginé pour que ces danseurs privés de leur souffle cessent de hanter mes jours et mes nuits ! Lors de ces traversées rocambolesques, je me forçais à fixer les visages ouverts au ciel. Ces morts au profil magnifié finirent par être mes morts à moi. J’apprenais à les ranger par deux, par trois, par beaucoup plus aussi, dans les cavités profondes du sol afin de mieux les protéger du volatil carnassier alentour. Ces cheminements quotidiens qui avaient au tout début pris des allures de chemin de croix sans Dieu ni foi, m’avaient amené malgré la pente vertigineuse de l’angoisse à un détachement total de l’événement. Miraculé foudroyé par l’indifférence, je naviguais solitaire pendant un temps au travers du tumulte de la haine et de la mort.


Extrait second : 

Combien de fois me suis-je perdu dans le flanc de ces montagnes parfois si hautes, parfois si vastes qui finissent si naturellement en plaines vagabondes ? Combien de fois me suis-je plongé dans la douce mer aux sons des cigales nichées dans le secret des criques impénétrables ? Vous parlerai je de cet océan féroce le long de sa dune qui porte encore la triste signature de mon pays avec ces blockhaus immuables ? Tant de fois au risque de ma vie je passerai la barre de vagues qui cache aux non-initiés le grand large ouvert sur d’autres horizons. Et les lacs, les si beaux lacs, les bleus, les blancs, les noirs, ceux qui se glissent nonchalamment dans le vert des glaciers, d’autres, vestiges de l’ancien volcan, d’autres encore plus discrets qui accueillirent mes premières nages et, les indéfinissables qui permettent à tous ceux d’entre nous de dépeindre comme bon nous semble ces masses imposantes. Nous avons les mots, les couleurs, les sons pour leur donner un peu de notre nom. Ah ! j’oubliais les plateaux ! Immenses plateaux suspendus au ciel dont certains par leur isolement rappellent ces déserts lointains qui offrent à celui qui sait les affronter la possibilité de ne plus penser.